Je ne suis pas franchement du genre servile, mais il faut bien s’incliner devant l’évidence du talent. Par crainte que vous ne passiez à côté de ce bleaugue, il faut absolument évoquer le cas du Bal des dégueulasses.
Ce qui est épatant avec ce garçon, c’est qu’il vise -allez, presque- toujours juste. LBDD est soit médecin, soit suisse, je ne vois que ça. Toujours impeccable sur le diagnostic et toujours d’une rare précision, sans fioritures, sans grandiloquence, sans référence inutile (Muray et les Possédés de Dostoïeveski en flux continu) ; accessible et pédagogue, ça force vraiment le respect.
Le tout avec un style épuré à l’américaine. L’époque est au désastre, pas le temps de faire des circonvolutions plus ou moins inspirées. Et, entre nous, vouloir faire du style après ceux qui nous ont précédés, il y a comme maldonne. Autant dire les choses clairement.
J’ignore s’il repasse ses billets, s’il les travaille beaucoup, s’il maquille l’inévitable atterrement qui saisit tout réactionnaire à l’ouverture d’un journal, j’ignore comment il arrive à dépasser la facilité du sarcasme, de la polémique. La précision et la distance d’un disséquant, je ne vois vraiment que ça. Il trace à la craie, tranquillement, les contours du cadavre France & Co., voilà tout.
Lorsque Finky, pour qui j’ai pourtant beaucoup d’estime, a des moments d’indignation (ce fameux passage “voir l’Eglise de France, si vous voulez, abandonner complètement cette vision augustinienne du Mal pour cette espèce de rousseauisme”) avec le ton d’un amoureux déçu, je ne peux m’empêcher de me marrer. Sa rigueur universitaire dépassée par l’ampleur du désastre, c’est forcément tragique et donc drôle. A partir de 7 : 30 (toute l’interviou est brillante mais à partir de 7:30 c’est le sommet de l’indignation):
Tandis que LBDD semble s’attacher à ne pas succomber à la tentation de l’effroi, contrepartie de la lucidité. C’est donc remarquable.
Vous l’aurez compris, je ne manque jamais un de ses billets. Je vous recommande donc la lecture de ce bleaugue. En souhaitant du courage à son auteur pour son livre et pour la suite.
juillet 1, 2008 at 4:28
Il me fait penser à moi avant. Sur un autre blog. Avec le courage indécrottable de tout passer à la moulinette, d’opposer encore des arguments au vide auquel nous faisons tous face, à prendre point par point… Je pense qu’il faut y croire encore pour écrire comme ça. Peut-être même un peu trop. C’est ça en fait. Je ne sais pas s’il pourra durer longtemps comme ça. C’est difficile de se battre contre des moulins à vent…
Alors oui, si un “nouveau” dans le camp me demande quoi lire, me demande ce que je pense en gros, je l’enverrai sur LBDD. Mais je dois dire que rien ne me surprend beaucoup dans ce qu’il écrit, et qu’à titre personnel, au bout d’un certain moment, je préfère le détachement. Arrêter de critiquer, aussi pertinemment soit-il, ce qui de toute façon a déjà été démonté dans tous les sens. Il se répète, et le dit lui-même, ce qui prouve que le fond est réellement la pédagogie. Je préfère le style…
juillet 1, 2008 at 10:45
A coup sûr, et bien que je ne sois pas toujours d’accord avec ses affirmations – opinion dont d’ailleurs il n’en strictement rien à foutre, LBDD fait partie des meilleurs “gueblo” réacs du moment.
Ses analyses incisives, que l’on pourrait effectivement qualifier de chirurgicales, font de LBDD un pathologiste quasi helvétique ( imaginez un peu : helvétique! ).
juillet 1, 2008 at 3:16
@ Xyr :
Tout à fait.
C’est ce qui me fascine chez LBDD : pas d’exaspération apparente, analysons calmement l’Apocalypse.
Et oui, j’ignore où il trouve la patience et le courage pour décortiquer le flot ininterrompu de laideur.
@Snake :
Je crois qu’il tient beaucoup à son anonymat. D’où les commentaires fermés etc. je pense. Et puis, nous sommes en République alors il suffit qu’il y ait un con qui balance un truc bien gras en commentaire et vous êtes sur la bonne voie pour goûter au rasoir national.
juillet 1, 2008 at 4:16
il est effectivement assez surprenant. Il me fait penser a un medecin pratiquant l’autopsie d’un enfant detruit par un pervers et qui reussi a garder son calme malgre l’horreur sans pour autant verser dans le cynisme. Il se force a garder les yeux ouverts… Alors que moi tres franchement j’ai juste envie de tout passer au napalm en ce moment.
juillet 1, 2008 at 4:35
Même chose, j’ai souvent besoin de décompresser par la satire ou la colère.
Je ne lis les “journaux” que lorsque j’ai suffisamment de bonne humeur pour amortir le choc.
juillet 2, 2008 at 3:25
Merci pour cette recension fort élogieuse.
Pour ma part je me considère comme le jumeau maléfique d’un néoconservateur, un néoconservateur qui aurait été corrompu par “le doute, ce poison de l’esprit”* (selon la Justice française).
Je suis possédé par ce vice assez attrayant : dès que je peux chagriner un imbécile, je le fais. Plus un fait est étouffé par les penseurs autorisés, plus je m’étend dessus sur mon blog. Les partisans de l’euthanasie se mettent en colère à cause de la comparaison avec le programme T4 des nazis? Eh bien je parle de l’euthanasie sur mon blog seulement en comparaison avec le nazisme (la réduction ad hitlerum est valable seulement quand elle est interdite!).
Pour ce qui est des origines helvètes… c’est **presque** ça.
En tout cas, la seule chose qui me donne le courage de continuer, c’est que tout me donne raison au fur et à mesure, et que l’actualité dépasse constamment ma faculté d’inventer des fantasmes réactionnaires : première grossesse masculine (par un semitransexuel-le américain-e ou je ne sais quoi), avortement des foetus **prédisposés** à l’Alzheimer (le mot magique pour faire taire les êtres doués de raison – et terroriser les autres) en Angleterre, substitution ethnique, cosmopolitisme du Néant, etc.
J’arrêterais mon blog quand les gens au pouvoir arrêteront de vouloir l’Apocalypse, avec leurs idées délirantes, leurs utopies généreuses, leurs euphémismes, leur pensée morte, leur logique totalitaire. A chaque fois que je pense arrêter mon blog, un nouveau truc m’ote cette idée de la tête. Dernier exemple en date : l’agression du jeune juif à Paris. “Rassurez-vous, bonnes gens, ce n’est pas une agression antisémite. C’est un affrontement intercommunautaire”. Rassurez vous, ce n’est pas une cru, c’est le Déluge.
Bref je ne rendrais jamais les armes, et j’espère que notre dernier carré de résistants à l’insignifiance (“réacosphère”) tiendra bon… et recrutera de nouveaux mousquetaires.
* à vrai dire, ce jugement français instaurant l’”instillation de doute, ce poison de l’esprit” est à lui seul un motif pour bloguer pendant les 5 prochaines décennies… Le temps que je cesse d’en rire sous cape…
juillet 2, 2008 at 4:58
Hé bien cher LBDD, je me contenterai de vous inviter à continuer.
Vous êtes la fierté de notre profession :)
juillet 5, 2008 at 9:51
Mais où est passé votre blog LBDD ?!
juillet 5, 2008 at 1:51
Il l’a fermé. Cf mon dernier billet sur LGC.