Je ne suis pas franchement du genre servile, mais il faut bien s’incliner devant l’évidence du talent. Par crainte que vous ne passiez à côté de ce bleaugue, il faut absolument évoquer le cas du Bal des dégueulasses.

Ce qui est épatant avec ce garçon, c’est qu’il vise -allez, presque- toujours juste. LBDD est soit médecin, soit suisse, je ne vois que ça. Toujours impeccable sur le diagnostic et toujours d’une rare précision, sans fioritures, sans grandiloquence, sans référence inutile (Muray et les Possédés de Dostoïeveski en flux continu)  ; accessible et pédagogue, ça force vraiment le respect.

Le tout avec un style épuré à l’américaine. L’époque est au désastre, pas le temps de faire des circonvolutions plus ou moins inspirées. Et, entre nous, vouloir faire du style après ceux qui nous ont précédés, il y a comme maldonne. Autant dire les choses clairement.

J’ignore s’il repasse ses billets, s’il les travaille beaucoup, s’il maquille l’inévitable atterrement qui saisit tout réactionnaire à l’ouverture d’un journal, j’ignore comment il arrive à dépasser la facilité du sarcasme, de la polémique. La précision et la distance d’un disséquant, je ne vois vraiment que ça. Il trace à la craie, tranquillement, les contours du cadavre France & Co., voilà tout.

Lorsque Finky, pour qui j’ai pourtant beaucoup d’estime, a des moments d’indignation (ce fameux passage “voir l’Eglise de France, si vous voulez, abandonner complètement cette vision augustinienne du Mal pour cette espèce de rousseauisme”) avec le ton d’un amoureux déçu, je ne peux m’empêcher de me marrer. Sa rigueur universitaire dépassée par l’ampleur du désastre, c’est forcément tragique et donc drôle. A partir de 7 : 30 (toute l’interviou est brillante mais à partir de 7:30 c’est le sommet de l’indignation):

Tandis que LBDD semble s’attacher à ne pas succomber à la tentation de l’effroi, contrepartie de la lucidité. C’est donc remarquable.

Vous l’aurez compris, je ne manque jamais un de ses billets. Je vous recommande donc la lecture de ce bleaugue. En souhaitant du courage à son auteur pour son livre et pour la suite.